Chaque année, les jurys du CRPE publient un rapport de jury par académie. Ces documents sont précieux : les correcteurs y expliquent ce qu'ils ont valorisé, ce qu'ils ont pénalisé et les erreurs qu'ils retrouvent d'une copie à l'autre. Nous avons lu les rapports de 15 académies pour la session 2025 et nous en avons extrait les conseils sur les épreuves qui reviennent le plus souvent.
Académies analysées : Aix-Marseille, Amiens, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Corse, Grenoble, Lille, Limoges, Lyon, Nantes, Nice, Normandie, Orléans-Tours, Reims et Toulouse.
Les sujets de 2025 sont communs à toutes ces académies : c'est pourquoi les mêmes remarques reviennent d'un rapport à l'autre. Quand un chiffre ne concerne qu'un concours, nous le précisons.
Les rapports : tous les rapports cités sont à télécharger sur notre page Rapports de jury du CRPE 2025 par académie, dans le menu Ressources. Les exigences de rédaction, de rigueur et de maîtrise de la langue restent celles qu'attend le jury, quel que soit le concours que vous préparez.
La maîtrise de la langue : le premier critère, dans toutes les épreuves
C'est la remarque la plus partagée par les jurys : l'orthographe et la syntaxe sont évaluées partout, y compris en mathématiques et à l'épreuve d'application. À Nice, environ 70 % des copies de français ont été pénalisées pour la qualité de la langue. En Normandie, plus d'une copie de mathématiques sur cinq du concours externe public a reçu un malus pour la correction syntaxique et la qualité de l'écrit. Les erreurs les plus fréquentes portent sur les accords (sujet-verbe, participes, accords éloignés) et sur la ponctuation.
- Gardez du temps pour relire. Le jury de Grenoble rappelle que la relecture est « indispensable » mais « trop souvent négligée » ; celui de Reims conseille lui aussi de prendre le temps de relire sa copie.
- Évitez les abréviations personnelles. GN ou COD sont admis, mais beaucoup d'autres « demandent des talents d'exégète pour être comprises » (Orléans-Tours).
- Soignez la lisibilité. Les copies sont numérisées : écrivez à l'encre foncée, évitez les stylos effaçables par friction et tracez proprement les figures (Toulouse).
- Surveillez le registre : le niveau de langue familier est pénalisé à l'écrit comme à l'oral.
Épreuve écrite de français : les conseils du jury
Étude de la langue : précision et exhaustivité
Les jurys attendent une terminologie grammaticale officielle. Le rapport de Nice recommande explicitement la Grammaire du français. Terminologie grammaticale publiée sur Eduscol. Les difficultés les plus citées :
- Délimiter et identifier les propositions d'une phrase complexe, en particulier la proposition subordonnée infinitive, qui ne commence pas par un mot subordonnant (Bordeaux, Orléans-Tours, Nice).
- Distinguer nature et fonction, et relever le groupe entier : « la boue » est un groupe nominal, pas seulement un nom (Bordeaux).
- Ne pas confondre temps et mode lors de l'analyse des formes verbales.
Deux conseils de méthode reviennent souvent. D'abord, répondez exactement à la consigne : à Grenoble, le jury rappelle que « les éléments fautifs sont sanctionnés quand bien même ils n'étaient pas demandés ». Ensuite, justifiez vos analyses par des manipulations (substitution, déplacement, effacement, encadrement) : elles montrent que vous comprenez le fonctionnement de la langue. Les réponses en tableau ou en liste sont acceptées si elles sont claires.
Lexique : formation des mots et sens en contexte
- Décomposez entièrement les mots (radical, préfixe, suffixe) en précisant le sens de chaque élément : à Bordeaux, « toute erreur ou oubli a entraîné une perte globale des points ».
- Connaissez les procédés de formation : dérivation, composition savante et populaire, troncation… et ne réduisez pas un affixe à un seul sens.
- Ne confondez pas sens propre et sens figuré, ni champ lexical et liste de synonymes (Nice).
- Pour expliquer une expression imagée, nommez la figure (métaphore…), expliquez-la et reliez-la au contexte du texte.
Réflexion et développement : une vraie argumentation
C'est la partie où les copies se différencient le plus. Les jurys regrettent des écrits « non organisés » : une introduction et une conclusion ne suffisent pas à rendre une réflexion argumentative (Orléans-Tours).
- Construisez un plan qui répond à une problématique, et annoncez-le.
- Exploitez vos exemples au lieu de les accumuler : « une succession de noms d'artistes et de titres d'œuvres » ne défend aucune idée.
- Citez des références précises (nature de l'œuvre, titre, auteur) et exactes : le jury de Clermont-Ferrand rappelle par exemple que Guernica n'est pas une œuvre « réaliste ».
- Évitez les truismes du type « De tout temps, les Hommes… » (Lyon) et les copies fondées seulement sur des anecdotes personnelles (Grenoble).
- Lisez régulièrement des œuvres variées : classiques, contemporaines et de littérature jeunesse.
Épreuve écrite de mathématiques : les conseils du jury
Rédiger et justifier chaque étape
Pour tous les jurys, l'épreuve évalue autant la capacité à raisonner et à expliquer que le résultat. « La rédaction est essentielle pour montrer le raisonnement du candidat » (Lille).
Côté résultats, parmi les rapports qui publient la moyenne de l'écrit de mathématiques, les trois meilleures académies sont Bordeaux (13,64 sur 20 au concours externe public), Clermont-Ferrand (13,40 sur 20) et Toulouse (13,16 sur 20). Une ressource consacrée aux notes du CRPE par académie arrive bientôt sur PassCRPE.
- Terminez par une phrase de conclusion qui répond explicitement à la question, dans le contexte (« l'organisme A est plus avantageux car… »).
- Vérifiez les hypothèses avant d'appliquer un théorème et distinguez le théorème de Pythagore de sa réciproque (Bordeaux, Nice) : le théorème part d'un triangle rectangle pour calculer une longueur, la réciproque part des trois longueurs pour prouver que le triangle est rectangle.
- En probabilités, citez les propriétés utilisées (équiprobabilité, indépendance), comme le demande le jury de Nice, et modélisez la situation par un schéma, un arbre ou un tableau : les candidats qui l'ont fait ont mieux réussi (Reims).
- Donnez une seule réponse, sans ambiguïté : « le jury n'a pas à deviner ce que le candidat veut dire » (Corse).
Les erreurs les plus fréquentes
- Valeur exacte et valeur approchée : arrondis en cours de calcul, signe ≈ absent ou mal employé (Aix-Marseille, Grenoble, Lyon). Un arrondi fait en cours de route se reporte sur toute la suite et fausse le résultat final : gardez la valeur exacte jusqu'au bout, arrondissez seulement à la fin, et écrivez alors ≈, pas =.
- Égalités en chaîne fausses, comme « 3 + 2 = 5 × 10 = 50 » (Lyon). Le signe = affirme que ce qui est à gauche vaut ce qui est à droite : or 3 + 2 ne vaut pas 5 × 10. Écrivez une étape par ligne : 3 + 2 = 5, puis 5 × 10 = 50.
- Résultats invraisemblables non détectés : un élève qui court à 2 400 km/h, une piscine de 1 800 m de profondeur, une probabilité supérieure à 1. Contrôlez toujours la vraisemblance de vos réponses.
- Pourcentages : pour une augmentation de 25 %, beaucoup de candidats ont calculé 25 % du volume sans l'ajouter au volume de départ (Nice). Ce calcul donne seulement l'augmentation : le nouveau volume vaut V + 0,25 × V, soit 1,25 × V.
- Probabilités : additionner des probabilités au lieu de les multiplier (Lille, Toulouse). Pour deux épreuves qui se suivent, on multiplie les probabilités le long d'une branche de l'arbre (1/8 × 1/8) ; on n'additionne que les probabilités d'issues qui ne peuvent pas se produire en même temps.
- Ensembles de nombres : un nombre décimal n'est pas « un nombre qui s'écrit avec une virgule » ; la distinction entier, décimal et rationnel reste fragile (Lille, Grenoble). Un décimal est un nombre qui peut s'écrire comme une fraction de dénominateur 10, 100, 1 000… : 1/3 s'écrit 0,333… avec une virgule mais n'est pas décimal, tandis que 5 est à la fois entier et décimal.
- Conversions d'unités (cm³ et litres, m/s et km/h) et médiane mal calculée ou mal interprétée. Rappels utiles : 1 L = 1 000 cm³, et on passe des m/s aux km/h en multipliant par 3,6. La médiane partage la série rangée dans l'ordre en deux moitiés : sans ce rangement, la valeur « du milieu » ne veut rien dire.
- Tableur : une formule commence par le signe = et la multiplication s'écrit avec * (Lille). Sans le signe =, le tableur affiche le texte tel quel au lieu de calculer, et il ne reconnaît pas le symbole ×.
- Aire et périmètre : des notions de l'école élémentaire encore confondues. Le périmètre est la longueur du contour (en cm), l'aire mesure la surface (en cm²) : deux figures peuvent avoir le même périmètre et des aires différentes.
Côté méthode, lisez l'énoncé en entier avant de calculer : « 50 % du reste » n'est pas 50 % du total (Lille, Toulouse) : si la mairie paie 2/5 du coût, il reste 3/5, et la moitié de ce reste représente 3/10 du coût total. Le modèle en barres permettait de résoudre cette question sans erreur. Traitez enfin les exercices dans l'ordre, pour que votre copie ne devienne pas un « jeu de piste » pour le correcteur (Corse).
Épreuve écrite d'application : les conseils du jury
Qu'il s'agisse de sciences et technologie, d'histoire-géographie et EMC (enseignement moral et civique) ou d'arts, les remarques des jurys se rejoignent.
- Mobilisez vos propres connaissances : le dossier documentaire ne suffit pas. Paraphraser les documents est sanctionné dans presque tous les rapports.
- Commencez par une introduction qui contextualise le sujet et pose une problématique : les copies qui entrent directement dans la séance sont peu valorisées (Nantes).
- Construisez une séquence cohérente : titres explicites, objectifs, compétences, progression réaliste. Le jury de Clermont-Ferrand relève une confusion « massive » entre compétences et connaissances.
- Ne plaquez pas une démarche apprise : une séquence n'est pas une simple addition de séances (Normandie). Pensez à la différenciation, à l'évaluation et au rôle concret de l'enseignant et des élèves.
- Respectez la forme demandée : une séance quand on demande une séance, une analyse critique quand on demande une analyse.
- Faites des liens entre disciplines (par exemple entre l'histoire et l'EMC) : ils ont été valorisés.
En EMC, la définition de la laïcité a souvent été incomplète : les candidats évoquent la liberté de conscience mais oublient la neutralité de l'État et la séparation des Églises et de l'État (loi de 1905). La définition doit aussi être adaptée au niveau des élèves (CM2). En arts plastiques, les jurys pénalisent les séances « impositives » qui mènent tous les élèves vers la même production : partez de l'observation des œuvres et laissez une place à l'exploration (Bordeaux, Limoges). En sciences, distinguez fait scientifique et opinion, et anticipez les obstacles des élèves (Grenoble).
Épreuve orale de leçon : les conseils du jury
- Utilisez tout le temps de l'exposé. Un nombre significatif de candidats n'atteint pas les 10 minutes attendues (Amiens), et ceux qui parlent moins de 8 minutes sont souvent en difficulté lors de l'entretien (Limoges).
- Structurez votre exposé : introduction avec les enjeux d'apprentissage, plan annoncé et respecté, conclusion avec des prolongements (Aix-Marseille).
- Pensez la leçon comme un enseignant : ce n'est pas une restitution de connaissances, mais une démarche pédagogique avec des objectifs clairs et une trace écrite adaptée aux élèves (Grenoble, Lille).
- Restez réaliste : « une classe de petite section à 12 élèves n'est pas en adéquation avec la réalité » (Lyon). Variez les modalités de travail.
- En français, montrez que l'étude de la langue sert la lecture et l'écriture (Limoges).
- Pendant l'échange, modifier votre proposition après une question du jury n'est pas un signal négatif : c'est la preuve que vous savez ajuster votre réflexion (Lyon).
Épreuve orale d'entretien : les conseils du jury
La partie EPS
- Contextualisez le sujet et inscrivez votre séance dans une programmation plus large (Normandie).
- Formulez des consignes précises, anticipez la sécurité et pensez à l'inclusion des élèves en situation de handicap.
- Un schéma montré au jury aide à présenter une situation d'apprentissage complexe (Reims).
La motivation et les mises en situation
- Évitez la présentation récitée : le jury regrette des présentations « très formatées », apprises par cœur, et un récit « trop chronologique ». Valorisez plutôt les moments marquants de votre parcours (Normandie).
- Soyez sincère et évitez les formulations creuses ou convenues (Clermont-Ferrand).
- Au second concours interne et au troisième concours, appuyez-vous sur votre expérience professionnelle : le jury attend qu'elle nourrisse votre motivation, et plusieurs candidats peinent encore à la valoriser (Normandie).
- Écoutez vraiment les questions : beaucoup de candidats y répondent à côté (Nantes). Répondez de façon simple et directe, sans boucles (Bordeaux).
- Surveillez votre langage : « du coup », « de base », « les élèves vont bosser » sont relevés par les jurys (Limoges).
- Dans les mises en situation, appuyez-vous sur les valeurs de la République et sur les textes, et envisagez des réponses à court, moyen et long terme (Nice, Clermont-Ferrand).
- Entraînez-vous à l'oral, et n'hésitez pas à vous enregistrer pour travailler votre débit et votre posture (Normandie).
Ce qu'il faut retenir des rapports de jury CRPE 2025
D'une académie à l'autre, les jurys répètent les mêmes attentes :
- Une langue maîtrisée : relisez-vous, l'orthographe est évaluée partout.
- Des réponses justifiées : chaque résultat, chaque analyse grammaticale, chaque choix pédagogique doit être expliqué.
- Une lecture attentive des consignes : ne répondez ni plus ni moins que ce qui est demandé.
- Des connaissances solides : programmes des cycles 1 à 4, terminologie officielle, culture littéraire et artistique.
- Un regard d'enseignant : des propositions réalistes, centrées sur ce que l'élève apprend.
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